Naître Intersexe
Les personnes « intersexes » naissent avec des caractéristiques génitales qui ne sont ni clairement définissables, ni rigoureusement classables dans les catégories normatives dites « masculine » ou « féminine ». Ces différences portent sur le nombre de chromosomes sexuels et leur structure qui se double ou se triple (comme par exemple le syndrome de Klinefelter), ou par délétion d’un chromosome X comme dans le cas du syndrome de Turner sur les réponses tissulaires aux hormones sexuelles (par exemple le fait d’avoir un ovaire et un testicule, ou des gonades qui contiennent à la fois des tissus ovariens et des tissus testiculaires), ou encore sur l’équilibre hormonal.

Les personnes endosexuées (non-intersexuées) quant à elles sont qualifiées de « dyadiques »
– l’endosexuation étant considérée comme la seule configuration légitime du point de vue médico-social.
Variations Chromosomiques
Les personnes intersexes naissent d’un corps intrinsèquement atypique du fait de son appartenance trouble aux catégories genrées binaires. Cette entrée dans le monde est stigmatisée comme une urgence médicale et sociale à solutionner.
La formule chromosomique est variable : l’intersexuation recouvre à ce jour une quarantaine de variations biologiques qui concernent les organes génitaux externes mais également internes, les chromosomes, les hormones, etc.

Ces variations peuvent être visibles dès la naissance sur les organes externes, ou se déclarer plus tard à l’adolescence lors du développement hormonal (pilosité, répartition des graisses et des muscles, développement des glandes mammaires etc).
Il se peut également que rien ne se déclare et que l’intersexuation se découvre « par hasard » lors d’examens médicaux – comme par exemple des maux de ventre qui surviennent inopinément, résultant de l’accumulation non détectée de sang menstruel chez un adolescent doté d’un pénis.
Un Pourcentage non négligeable
« Un testicule et un ovaire, un pénis et un vagin. De plus en plus d’enfants naissent avec un sexe à la fois mâle et femelle – jusqu’à 1 sur 200, indiquent des experts, en tenant compte de l’ensemble des “variations du développement sexuel”. » Magazine Châtelaine
En 2016, le Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations Unies met en avant l’étude révélant que 0,05 % à 1,7 % de la population naît avec des particularités intersexes – chiffre sous-estimé selon les organisations de défense des droits des intersexués. L’Organisation Intersex International Europe parle de 1,7 % de la population présentant une variation de ces caractéristiques sexuelles, et estime qu’au moins une personne sur 200 naîtrait intersexe.

L’état Civil
Dans toute l’Europe, le sexe de l’enfant se doit d’être précisé sur son acte de naissance.
Or il ne devrait pas être obligatoire d’adopter une identité genrée au détriment d’une autre, partant du principe que l’intersexuation peut se vivre en choisissant d’assumer deux sexes.
Entrevoir l’intersexuation comme un état temporaire, ou une anomalie que l’on peut, selon le discours médical, « traiter » et par conséquent guérir, c’est d’abord associer l’intersexuation à une erreur qui se doit d’être corrigée, et invalider la posture intersexe en tant qu’identité admissible.
Reconstruction chirurgicale – Normalisation du corps atypique
L’intersexuation est repérée dès la naissance, voire in utero. D’importants protocoles médicaux invasifs sont alors mis à l’œuvre pour « choisir un camp » (chirurgie, remodelage des organes, traitements hormonaux, etc) – sans la faveur des principaux concerné.e.s.
Il faut savoir que dans l’immense majorité des cas, l’intersexuation ne comporte aucun danger pour la santé. Malgré cela, l’institution médicale s’empresse de la rectifier : dès lors, il s’agit de passer ces corps hors-normes par le bistouri dans le but de les distinguer « mâle » ou « femelle », afin de préparer ces enfants à un mode de vie cis-genre hétéro-normé.

C’est pourquoi à la naissance, on pratique généralement l’ablation de l’attribut le moins développé – opération doublée d’une hormonothérapie. La première opération s’effectue entre le 2e et le 6e mois après la naissance.
Ainsi, les nouveau-nés masculins, dont le pénis est inférieur à 2 cm (jugé « trop petit ») se voient assigner le genre féminin et subissent une reconstruction visant à leur donner une ‘apparence féminine’ – tandis que les clitoris supérieurs à 0,9 cm, estimés « trop grands », seront raccourcis.
La féminisation des parties génitales est la chirurgie la plus fréquente, car il est plus simple pour les chirurgiens de modeler un vagin que de construire un pénis.
Précisons que ces actes chirurgicaux sont irréversibles – or l’être intersexué est à l’évidence en incapacité de poser son consentement, étant généralement nouveau-né ou en bas-âge.
Conséquences et Complications
Ces interventions douloureuses sont accompagnées d’examens constants qui peuvent avoir de fâcheuses répercutions sur la vie des personnes concernées : diminution ou perte de sensibilité sexuelle, infections urinaires chroniques, handicaps physiques, syndrome de stress post-traumatique, dépressions, stérilisation, cicatrices prononcées, arrêt de la production d’hormones naturelles, dépendance aux médicaments, sentiment persistant de violation à la personne, etc.
Sous prétexte de garantir une binarité sexuelle normative, ces opérations mettent en péril la santé physique et mentale de personnes saines – tout en contribuant à l’invisibilité de l’intersexuation et de ses droits.
Par ailleurs, le choix du sexe attribué à l’enfant reste bien souvent hasardeux, car dans 40 % des cas, les personnes ayant subit des traitements ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été assigné.
Ne serait-il pas plus avisé (pour ne pas dire « humain ») d’attendre que la personne concernée soit elle-même en âge de définir son genre ?
Psychoéducation parentale
Les parents peuvent refuser à tout moment cet acte qui ne répond à aucune urgence vitale, afin de laisser l’enfant grandir et décider par lui-même. Ils sont toutefois souvent bien trop démunis pour être en mesure de donner un consentement pleinement éclairé – étant désinformés, et écrasés par la pression du corps médical qui les somme de trancher.
Certaines personnes intersexes n’ont même jamais été informées de l’opération et des traitements qu’elles ont subis dans l’enfance, et développent en grandissant des troubles psychologiques importants.
Si vous avez le moindre doute, sachez qu’il est possible d’accéder à votre dossier médical sur simple demande.
Sensibilisation et assistance
S’il est possible de naître intersexué.e, la chose n’est pas nécessairement vraie pour ce qui est de « naître intersexe ». Bien que le diagnostic médical d’intersexuation tombe dès la venue au monde, se réclamer d’une « identité intersexe » est le fruit d’un long parcours, jalonné d’épreuves et de déconstructions.
Le terme « intersexuation » désigne les caractéristiques biologiques d’une personne intersexuée, tandis qu’« intersexualité » fait plutôt référence à son identité et son expérientiel (la réalité vécue) – ce qui englobe les dimensions sociales, culturelles et identitaires.
La notion de trans-biologie met à l’honneur la « véritable naissance », celle qui a lieu entre l’accouchement physique et la naissance sociale, et qui revendique la singularité de chacun.e.
Ainsi, pour paraphraser la célèbre citation de Simone de Beauvoir : on ne naît pas « intersexuel », on le devient. Apprendre à s’accueillir pleinement est un chemin parsemé d’embûches.
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Parmi les initiatives encourageantes, il est à noter que l’Allemagne est le premier pays européen à offrir, depuis 2013, la possibilité d’inscrire un sexe indéterminé sur le certificat de naissance des nourrissons intersexuels. Ces enfants pourront à tout moment de leur vie modifier leur identité sexuelle sur leur certificat s’ils le souhaitent.

– Extrait du livret pédagogique « InterseXuation », par Karen Cayuela
Quelques Ressources
- Bibliothèque de ressources sur l’intersexuation du CIA-OII France – regroupe des témoignages, des mémoires universitaires, des guides pratiques, des documentaires, et des ressources à destination des parents/éducateurs
- Site du RéFRI (Réseau Francophone de Recherche sur l’Intersexuation) – propose des études académiques
- Site SVT-Égalité – offre aussi des réflexions pédagogiques et critiques sur l’intersexuation
- Enfin, l’ONU et l’OII-Europe fournissent des définitions officielles et des brochures d’orientation. Ces quelques ressources seront idéales pour approfondir le sujet.